La Métamorphose

En passant de la danse à la sculpture, Monette Loza a changé d’art, non de ligne, si la ligne d’une âme est à la fois son éthique et sa direction, Monette est une flèche qui n’a jamais dévié de sa trajectoire.

Monette est une flamme

Hier, elle brûlait les planches ; aujourd’hui, elle crache le feu de son chalumeau sur les métaux qu’elle plie, tort, dompte. Hier, elle sculptait son corps pour le transformer en mouvement ; aujourd’hui c’est l’acier qu’elle sculpte pour qu’en sa fixité ce soit encore le mouvement qu’il suggère.

Monette Loza ou la métamorphose

L’acier fut d’abord chez elle sa tête et ses jambes, car il faut des muscles d’acier pour danser comme elle dansait, et une volonté d’acier pour se soumettre son corps à l’inflexible discipline de la barre. Aujourd’hui, c’est de l’acier et du bronze qu’elle coule dans les formes qu’elle invente. Mais dans ces formes le mouvement se trouve comme capté, tel des oiseaux fossiles pris dans une glace millénaires des temps préhistoriques.

Du ballet du XXe Siècle dont elle connut les années mythiques, à son jardin de Saint-Tropez où elle fait pousser des arbres de bronze, Monette Loza s’est réincarnée tout en persistant dans son être, tout en restant cette femme qui me disait, un soir d’été, sous le feuillage tiédi par une douce pluie, dans un havre en bordure de la Forêt de Soignes : « Tu comprends, je dois créer. Si je ne crée plus, autant me jeter par la fenêtre ! ».

Créer

J’ai rencontré Monette Loza dans un Bruxelles où jacques Brel chantait encore, où Magritte peignait toujours, où Maurice Béjart, Marseillais, entre deux spectacles, allait respirer les embruns d’une mer du Nord qu’avaient aimé avant lui Maeterlinck au temps où il songeait à Pelleas et Mélissande, et Ensor qui, jusqu’à sa mort, restera fidèle à ostende.

Monette était vivante et vivace…

Oui, des cyprès et des couples, des colonnes de lettres et des insectes mystérieux comme les scarabées de l’Égypte ancienne, symbole du devenir de l’être. Être et devenir : la devise de Monette ?…

Tout faire.

Oui, et donc tirer de l’acier et du bronze des images assez fortes pour nous faire croire que ces objets inanimés pourraient avoir une âme. Qu’il suffirait qu’un ange les effleure de son aile.

Jacques Franck